Mercredi 3 juin 2009 3 03 /06 /Juin /2009 13:46


MémoCactus
- Des racines et des ailes >>>

     Tap tap tap ! Ouverture du rideau, silence dans la salle...
Mais point de grands classiques, point de pièces hermétiques modernes, point de mises en scène tordues ("pas de décor pas de costume, c'était une putain d'idée / aucune intonation et aucun déplacement / on s'est dit pourquoi pas ? aucun public finalement" Vincent Delerm) ! Je vais vous parler d'une pièce jouée par un groupe de dix-sept élèves du lycée d'Etampes, dans l'Essonne. Bien sûr, aucun moyen pour vous de voir cette pièce, jouée une seule fois il y a une semaine dans le théâtre de la ville, en revanche c'est une occasion pour tout le monde de parler un peu de culture... Car en effet, si parler de théâtre c'est déjà parler de culture, il faut ajouter à cela le fait que la ligne directrice de la pièce EST la culture, culture en tant que mode de vie, système de valeurs, traditions, langage...
     Qu'est-ce que l'identité aujourd'hui, dans un monde où tout le monde bouge, migre, parle plusieurs langues ? Et l'identité nationale ? Que signifient pour nous nos racines ? D'où venons nous, où allons nous ? Les dix-sept membres de l'atelier théâtre, agés de 18 ans en moyenne, se sont penchés sur ces questions et ont participé individuellement et directement à l'écriture de la pièce, dans laquelle on voit tout de même passer les mots de Grands du théâtre, comme par exemple ce savoureux passage sur le passeport selon Brecht.
     Les jeunes acteurs-auteurs parlent avec humour et sincérité de leurs propres expériences (à travers une série de tableaux qui tiennent parfois plus de la chorégraphie que de la simple scénette, ce qui donne au spectacle une dynamique des plus plaisante), mais s'amusent aussi avec les mots en eux-mêmes, dans une semi-improvisation : debouts, amalgamés au milieu de la scène, les visages tournés vers le public, ils énoncent une série de mots, ceux qui leur passent par la tête, en respectant cependant un accord tacite selon lequel dès que l'un des acteurs en dit un qui commence par telle lettre, les autres doivent suivre son exemple et trouver des mots commençant par la même lettre, jusqu'à ce que toutes les lettres de l'alphabet y soient passées... Le résultat est des plus réussi et fait presque penser à de la musique, une petite fugue en vocabulaire majeur.

Pour compléter cet article, j'ai posé quelques questions à Adrien, l'un des acteurs-auteurs >>>

- Comment vous est venu le thème de la pièce ?
En fait, le thème du déracinement avait déjà été décidé par les professeurs avant que l'on commence vraiment le travail, même si on n'avait pas tout de suite compris que le spectacle final tournerait vraiment autour de ce thème-là...


- A-t-il été compliqué de mettre au point une mise en scène avec autant d'acteurs ou est-ce qu'au contraire, votre grand nombre a été un atout ?
C'est Cécile, notre actrice-intervenante qui s'est chargée principalement de la mise en scène, en nous laissant donner notre avis bien sûr. Il y a eu pas mal d'essais, mais je crois que la difficulté tenait plus dans le fait que le spectacle était composé de beaucoup de petites parties, plutôt que dans le fait que nous soyons nombreux. Au contraire, notre nombre nous permet d'occuper facilement tout l'espace de la scène, même si on a dû adapter la ligne qui forme finalement un arc de cercle au Petit Théâtre d'Etampes (sa scène n'était pas assez large), alors qu'à l'origine elle devait être droite... Et puis, comme chacun a écrit une partie du spectacle, notre nombre nous a permis d'avoir de la matière ! Déjà que la pièce ne dure qu'une heure, si on avait été moins nombreux je ne sais pas ce que ça aurait donné...^^ 


- Est-ce que tu as aimé avoir la possibilité de participer à la conception même de la pièce ou aurais-tu préféré jouer une pièce déjà écrite ?
Au début, on faisait des impros, des exercices, on écrivait des petits textes, etc... On faisait ce que les profs nous demandaient quoi ! Sans se douter que tout ce travail formerait la matière-même du spectacle de fin d'année. Du coup, quand on l'a compris, ça nous a un peu déstabilisé, et on a eu quelques doutes. On a même demandé à jouer des textes d'auteurs, histoire d'avoir l'impression de vraiment "jouer"! Mais le fait de nous investir personnellement, de dévoiler une part de nous-même dans le spectacle, c'est vraiment une chance ! On sent l'authenticité que ça donne à l'ensemble. Et puis je pense que c'est aller au bout du travail théatral : on se dévoile toujours un peu aux autres quand on est sur scène. 


- Qu'est-ce qui te plaît dans le fait de jouer ?
Ce qui me plaît dans le fait de jouer, c'est, déjà d'être sur scène, de savoir que des gens me regardent, qu'ils m'écoutent, et que je peux m'adresser à eux tous en même temps. Je peux les faire rire, les faire réfléchir, les faire se poser des questions, etc... C'est magique de se dire que des gens sont venus te voir, qu'ils t'écoutent et que tu peux leur transmettre des émotions, juste par tes paroles, tes gestes.
En fait, jouer, c'est partager. Partager du temps, puisqu'on est tous ensemble le temps du spectacle; partager des émotions, puisque notre but, en étant su scène, c'est que le public comprenne les sentiments des personnages, et que ça le touche; et partager des idées, parce que dans un spectacle comme celui de cette année, on n'essaie pas d'imposer notre point de vue, mais on dit ce qu'on voit et ce qu'on est, et c'est à chacun d'en faire ce qu'il veut après.
Le plus grisant pour moi, dans le fait de jouer, c'est les applaudissements à la fin ! Ça peut paraître un peu narcissique sur les bords, mais quand on entend le public applaudir, on comprend que c'est sa façon de nous dire "merci", sa façon de nous dire que ça lui a plut, et qu'il a aimé ce spectacle, qui n'est autre que le fruit de notre travail.
Donc en fait, ce qui me plaît le plus dans le fait de jouer, c'est de savoir que je peux faire plaisir à beaucoup de personnes en même temps, sans pour autant les connaître toutes, simplement en leur présentant le fruit de mon travail (qui est loin d'être très pénible^^).


     En ce qui me concerne, voir cette pièce a été un vrai plaisir. Un plaisir de voir que le bon théâtre n'est pas l'apanage des troupes professionnelles et des grands auteurs reconnus par l'Histoire; un plaisir de voir qu'il y a encore de la place pour la création la plus sincère, la plus directe, et non pas seulement pour la recherche aliénante du "qu'est-ce qui n'a encore jamais été fait ?!" (qui donne parfois lieu à des trucs insensés). J'ai ri, j'ai réfléchi, j'ai été surprise, bref, pas une seconde d'ennui. Merci aux membres de l'atelier théâtre d'Etampes pour leur naturel mais aussi pour leur talent (ton très juste, dans le comique comme dans le sérieux, fluidité de l'enchainement des tableaux...) et vivement l'année prochaine !
 
Par Les Cactus, qui s'y frotte critique. - Publié dans : Théâtre
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /Juin /2009 21:23

Dans mon Ipod, il y a des artistes qui tournent en boucle, et le trio Au Revoir Simone en fait partie.

 


 

Ces américaines originaires de Brooklyn nous rafraichissent avec leur musique électronique féminine et dynamisante. Souvent pêchue avec un rythme de base enlevé, elles mêlent des voix douces à l’énergie d’une trompette ou à la mélancolie d’un piano. Souvent tendres parfois drôles, leurs paroles sont bien écrites, des petits éclats de quotidien enrobés d’un je-ne-sais-quoi d’enfantin. On entend des petites filles parler d’un monde d’adulte, et le résultat est réjouissant : mon coup de coeur va à « Fallen Snow » (sur leur deuxième album intitulé The Bird Of Music) dont certains lyrics sont des pépites et vous restent en tête des jours durant (« Depressing things are empty beds and lonely dinners / And women who are middle aged with naked fingers »). Leur musique a quelque chose de solaire, de profondément gai et apaisant, de la bonne humeur auditive vous dis-je !

 

J’ai beaucoup aimé ce son qui m’a semblé nouveau et en même temps si facile d’écoute et d’approche qu’il a rapidement rejoint mon paysage musical propre. J’ai reconnu sur « A Violent Yet Flammable World » un rythme emprunté à Bjork (dans Hunter). Sur la même chanson l’introduction se rapproche d’une introduction de Bat For Lashes. C’est toujours agréable de redécouvrir des notes familières dans un nouveau contexte, preuves d’un renouveau permanent et d’un melting-pot d’influences !

 

De leurs trois albums, c’est au second The Bird Of Music que va ma préférence, il est celui que je qualifierais de plus «easy listening » (écoute facile ?) car il permet dans un fond sonore propice au travail ou au repos, et peut s’écouter plus attentivement (et plus fort pour donner la pêche !) avec autant de plaisir. Je lui ai trouvé une place dans quasiment toutes les occasions : je l’écoute à vélo, quand je bouquine, quand je cuisine et même au réveil.

 

J’aime l’écouter quand : je fais du vélo au soleil avec du vent dans la jupe

Ce que j’aime manger avec : un macaron Ladurée et un café au lait dans mon mug Mathilda

Je fredonne : « Play me a sad song/  'Cause that’s what I want to hear/ I want you to make me cry/I want to remember the places that we left/ Lost to the mists of time” (“Sad Song” The Bird Of Music)

Dans une compil’ ça colle avec : Bat For Lashes, Metric, The Whitest Boy Alive, Beck, Rilo Kiley et Nada Surf.

Par Les Cactus, qui s'y frotte critique. - Publié dans : Musique
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mardi 2 juin 2009 2 02 /06 /Juin /2009 21:05

Vous connaissez tous cette excitation fourmillante qui nous saisit quand on rentre dans une salle obscure. Dès que les lumières se tamisent et que les murmures s’éteignent j’avais l’habitude de faire une petite prière au cheval Tristar et à la déesse Columbia pour que le film ne m’effraie pas. Ce rituel d’enfant me fait maintenant sourire mais n’est pas si absurde, je crois… Je les remercie encore pour certaines belles découvertes cinématographiques.


Mais trêve d’anecdote, je veux vous parler d’un film que j’ai vu il y a longtemps mais qui est resté gravé dans ma mémoire, il m’a fascinée. Ce film est un hybride entre l’enquête archéologique, le doute métaphysique et le grand chambardement théologique. En V.O appelé « The Body » et en français « Le tombeau », il soulève la question brulante de la divinité du Christ. En effet, que ferait-on si un le corps d’un homme d’environ 30 ans, crucifié sous Ponce-Pilate, et présentant les marques d’une couronne d’épines était retrouvé dans la tombe d’un riche en plein cœur de Jérusalem, la ville trois fois sainte ? Car oui, ce serait troublant de vraisemblance avec les évangiles mais celles-ci ne parlent-elles pas de la réincarnation de ce corps, définissant ainsi sa divinité ? Le titre original est d’ailleurs bien plus intelligent que sa traduction car force est de constater que le corps est le nœud de l’intrigue. Là où ce film est passionnant et à mon sens très bien ficelé c’est qu’il pose cette question à la lumière des preuves scientifiques de l’archéologue juive qui a découvert le corps, les implications théologiques sont immédiates et la ligne de fragilité entre savoir-voir-croire n’en est que mieux rendue. Croit-on lorsque l’on sait ? Savoir est-il plus important que tout ? Le duo de l’archéologue et du père Gutierrez (remarquablement joué par Antonio Banderas) donne au film toute sa fraicheur et son dynamisme. Mais ce qui en fait un film juste c’est l’intérêt porté sur toutes les implications religieuses d’une telle découverte : le Vatican panique, les Palestiniens et Israéliens se servent du corps comme monnaie d’échange pour leur reconnaissance et dans cette ville où toutes les confessions se mêlent chacun tente de tirer son épingle du jeu. Les enjeux géopolitiques et théologiques sont immenses et l’histoire si bien menée que l’on en vient à oublier qu’elle est fiction.

(sur l'image Olivia Williams et Antonio Banderas, l'archéologue et le prêtre)


J’ai aimé la sensibilité des personnages : entre le père qui demande à la scientifique de penser avec son cœur pour comprendre la détresse d’un homme prêt à voir son système de pensée s’effondrer et la scientifique qui se bat pour son droit de savoir, son droit à l’investigation et la suprématie de la vérité, mon cœur balance. Mais surtout cette image fulgurante d’un homme d’Eglise qui bascule dans la folie, sa fragilité et son désarroi sont émouvants, nous rappellent combien nous tenons à nos croyances. Il m’a rappelé les si touchantes angoisses de Pascal abandonné dans un monde de « silence et d’effroi » quand le doigt de Dieu disparaît. Nul besoin de croire pour entrer en sympathie avec ces personnages bouleversants.


J’ai été sensible à la rhétorique politique et à tous les enjeux croisés qui se concentrent dans cette région du globe. Fascinant mais dérangeant, car le film illustre bien (et à mon sens sans manichéisme) combien tous les moyens sont bons pour affermir sa position, pour être reconnu sur l’échiquier mondial. Au prix de la vie, au prix du savoir.


Bref, un film que je revois avec plaisir pour son rythme enlevé, la justesse de son ton, un subtil humour et une lucidité éclairante sur notre monde et sa large marge de progrès. Oui, c’est une tarte à la crème, mais je le pense…


Devant le film j'ai aimé grignoter : un soda glacé (ben oui, ça cogne à Jérusalem)

Je l'ai vu avec : mon papa en 2001

Mon état d'esprit en sortant de la salle : Je DOIS le revoir ! et devenir archéologue.

 

Par Les Cactus, qui s'y frotte critique. - Publié dans : Cinéma
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Mercredi 13 mai 2009 3 13 /05 /Mai /2009 16:07


MémoCactus
- Viens, viens sur la montagne >>>

     Soyez les bienvenus dans la Provence du début du siècle (j'entends par là le début du 20ème siècle). La visite vous est offerte par Pascal, jeune homme ténébreux au coeur sauvage qui aprés avoir terminé ses études décide de s'installer sur le domaine d'un parent décédé dont il récupère alors tous les biens, loin de tout.
     Vivre dans le mas Théotime, grande bâtisse entourée de champs et de bois, apaise au fil des années le coeur du héros. Il herborise (constitue un herbier ndlr), passe des journées entières à courir les montagnes, apporte son aide à ses métayers, les Alibert, famille peu loquace mais bonne et travailleuse. Les personnages aiment la terre, aiment la sentir vivante sous leurs pieds, en connaissent les bruits et les odeurs, règlent leur vie en fonction des saisons (quoi de plus merveilleux ?).
     La communion des hommes et de la terre est au coeur de ce charmant roman, mais elle n'est pas son seul intérêt : Pascal (le récit est à la première personne, la sienne) sera troublé dans sa retraite par l'arrivée inopinée de ce qui fut son amie d'enfance, Geneniève, qu'il n'avait pas revue depuis dix ans et dont il savait seulement qu'elle menait une vie agitée, bien loin de lui. A partir de là, Pascal va devoir composer avec cette amie resurgie du passé, son voisin belliqueux nommé Clodius, et plus tard dans le roman, avec un mystérieux inconnu qui élit domicile dans le grenier du mas.
    
     J'aime ce roman car le lire me berce. J'aime que l'on me parle de cette nature que je connais si mal, qu'on me décrive l'odeur du sol en été, les travaux des champs, la respiration d'un ciel gros d'orage ou les bruits que l'on entend du haut de la montagne. Je suis probablement vieux jeu... Mais laissez-moi vous citer quelques passages, alors vous comprendrez sans doute mieux de quoi je parle : "La terre était belle ce matin-là. [...] Elle s'étendait devant moi, grise comme le temps, mais douce, avec des mottes qui fondaient sous le pied. Sous les goutelettes encore fraîches de la nuit, brillaient des herbes courtes, et l'odeur amère du chiendent, à chaque pas broyé par les semelles, montait autour de moi", ou encore "la masse énorme de l'orage, invisible et lourd, l'immobilisait. Le sol exhalait un parfum enivrant de feuilles sèches; et le rayonnement sourd et noir, qui montait des profondeurs brûlantes, dans son ascension à travers l'air chaud, électrisait les yeux et chauffait un sang noir sous la peau fiévreuse". Une dernière citation, pour parler de la vie agricole : "On a vendangé en silence. [...] Néanmoins on se sentait forts; car le raisin a été bon, dur, quoique peu abondant; mais il donnera un vin noble. A voir la grappe aussi serrée qui sentait déjà le miel et l'alcool, nous avions une grande idée de la puissance de cette terre Théotime"... Mmm...
     Je pourrais encore vous citer des dizaines de passages (j'ai corné des dizaines de pages dans le livre !) mais j'ai dans l'idée que cela donnerait à cet article des dimensions titanesques. Si vous vous voulez lire une histoire qui vous emporte loin de nos villes et de nos vies absurdes, plongez tout de suite dans Le mas Théotime, j'espère qu'il vous apaisera comme il m'a apaisée.

J'aime le lire : dans une chaise longue, dans mon jardin.
LE détail que j'aime : le personnage du vieil Alibert, sage et taciturne.
Ce que j'aime manger avec : des abricots secs et du jus de raisins.
Je cite : "Théotime et moi, en fondant la chaire à la pierre, nous ne formions plus qu'une seule âme..."

Par Les Cactus, qui s'y frotte critique. - Publié dans : Littérature
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Recherche

Présentation

Profil

  • Les Cactus, qui s'y frotte critique.
  • Les Cactus, qui s'y frotte critique.
  • Collectivité
  • musique cinéma littérature théâtre BD
  • Les Cactus sont de jeunes étudiants passionnés de cinéma, de théâtre, de musique et bien sûr, de littérature. Petit plus : ce sont de fins gourmets. Place aux tartines.

Catégories

Calendrier

Mai 2012
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Créer un Blog

 
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés