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MémoCactus - A lonesome cowboy >>>
Jim est mort et George, quinquagénaire classieux et prof de lettres, sent l'envie de vivre le
quitter : difficile de tirer un trait sur la vie qu'il a eue avec son compagnon pendant pas moins de seize ans. A l'extérieur, George reste impeccable : costumes repassés, cheveux gominés,
lunettes ajustées. A l'intérieur la dévastation, la douleur qui ne le quitte pas (lui valant d'ailleurs des moments "d'absence"), le désir peut-être d'arrêter de lutter aujourd'hui, le désir
d'arrêter de faire semblant de vivre.
Je suis d'accord pour dire que Tom Ford signe ici un film à la photographie superbe. On navigue
entre des images proches du sépias voire du noir et blanc, et d'autres dont les couleurs frôlent la saturation. Les changements de tons se font non pas d'un plan à l'autre mais à l'intérieur même
des plans, ce qui donne à la mise en scène une force à ajouter à celle que donnait déjà le travail sur le cadrage, particuièrement réussi.
Les acteurs sont parfaits, Colin Firth en premier. Rien qu'à l'angle qu'il choisit de donner à son
regard ou à la discrête contraction de sa machoire, une émotion nait, palpable. Les sentiments se succèdent sur ce visage qui ne change pourtant presque jamais : le tour de force de l'acteur est
de parvenir à faire porter à George le masque du désespoir et de la lassitude, et d'y superposer d'autres expressions sans jamais quitter ce masque.
Certaines choses nuisent pourtant à ce film que j'estime beaucoup cependant. La musique (plusieurs
morceaux brodés autours d'un même thème) est trop présente et rajoute à certaines scènes un supplément de mélodrame totalement inutile. Comme pour nous dire "voyez un peu comme c'est triste,
terriblement triste". Oui merci on sait. Ou alors "voyez un peu comme c'est beau quand les personnages échangent des réflexions métaphysiques sur la vie/la mort", ce qui m'amène précisément à
l'autre reproche que j'ai à faire : trop de discussions sentencieuses qui cherchent à "faire profond". Un peu ça va, une réplique sur deux c'est beaucoup (trop). Le film pourrait être aussi
puissant sans ce surplus de "psychologisme".
Une scène tranche d'ailleurs radicalement avec tout le reste : George, à la banque, s'assoit dans un fauteuil pour chercher quelque chose dans sa sacoche lorsqu'une gamine affublée comme Alice au Pays des Merveilles vient lui toucher deux mots au sujet d'un scorpion qu'elle trimballe dans un bocal appelé Colisée, et sur lequel son frère a dessiné des colonnes romaines. Je ne vous dévoile pas toute la substance de la conversation, qui est bien sûr davantage que ce qu'elle semble être... Un moment qui s'inscrit dans la narration comme une hallucination, presque plus que les flash-back sur la vie de George du temps de Jim, et qui fait de cette scène ma préférée. Elle est importante car elle n'est pas comme les autres, et elle fait d'autant plus ressortir la substance du reste du film : une échappée selon moi tout à fait nécessaire.
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